Quel avenir pour les relations Afrique-Europe ?

3 questions à… Mahaut de Fougières, chargée d’études sur les questions internationales à l’Institut Montaigne.

Alors que l’Accord de Cotonou expirera en février prochain, où en sont les relations Afrique-Europe aujourd’hui ?

L’Europe et l’Afrique sont et doivent continuer d’être des partenaires privilégiés. Outre une proximité géographique – 14 kilomètres séparent les deux continents par le détroit de Gibraltar -, la relation entre les deux continents est caractérisée par des échanges économiques, diplomatiques, et de nombreux défis communs. Pourtant, malgré des déclarations du leadership européen exprimant une volonté de placer la relation avec l’Afrique au cœur de l’agenda européen, celle-ci n’a que trop rarement fait l’objet d’une discussion au niveau du Conseil des chefs d’État et de gouvernements européens. Par ailleurs, les sommets Afrique-UE qui se succèdent sont perçus par les populations des deux côtés de la Méditerranée comme étant déconnectés de la réalité.

L’Accord de Cotonou, qui régit les relations politiques, économiques et financières entre l’Union européenne et 48 pays d’Afrique subsaharienne, arrive à expiration le 29 février 2020. Il convient aujourd’hui de bâtir un partenariat renouvelé, tenant compte des évolutions qu’ont connues les deux continents. En effet, depuis la signature de l’Accord de Cotonou, il y a près de 20 ans, l’Afrique, l’Union européenne et le contexte international ont profondément évolué. L’UE s’est élargie à 28 États membres, dont certains n’ont aucun lien historique avec les pays africains. L’Afrique, pour sa part, a connu de profondes ruptures démographiques, technologiques et économiques, qui ont propulsé sa croissance et porté des changements institutionnels, comme la transformation de l’Organisation de l’unité africaine des pères fondateurs, en Union africaine. Or, les négociations en cours visant à définir les contours d’un accord post-Cotonou ne semblent pas être à la hauteur des enjeux.

Face à la Chine, comment l’Europe peut-elle se distinguer comme partenaire auprès des pays africains ?

L’Union européenne est le premier partenaire commercial du continent africain : 38 % des exportations africaines vont vers l’UE et 37 % de ses importations viennent de l’UE. Par ailleurs, 40 % des investissements directs à l’étranger sur le continent africain sont européens. Enfin, 21 milliards d’aide publique au développement ont été envoyés à l’Afrique en 2016 par l’UE et ses États-membres. Ainsi, si la présence grandissante de nouvelles puissances, telles que la Chine, sur le continent africain viennent concurrencer l’Europe, celle-ci demeure le premier partenaire de l’Afrique.

Loin des seules questions économiques et sécuritaires, auxquelles on tend à réduire leur relation, l’UE et l’Afrique sont étroitement liées sur quatre questions clés : diplomatie, multilatéralisme et influence internationale ; économie, développement et finances ; sécurité et défense ; changement climatique et mobilité humaine. Une communauté de destin qui singularise le couple Europe-Afrique et le distingue d’autres partenaires des deux continents. Par ailleurs, l’UE et l’Afrique sont engagées dans la réalisation des objectifs de développement durable fixés par l’ONU, qui adressent de façon pratique les enjeux et le chemin à parcourir et doivent pouvoir s’envisager comme un outil central de collaboration. C’est sur ces objectifs que doit reposer le nouveau partenariat entre les deux continents.

Quelles sont vos recommandations pour renforcer le partenariat entre le continent africain et le continent européen ?

Le rapport que nous avons publié en juin dernier, pour lequel nous avons auditionné plus de 60 acteurs africains et européens, issus des secteurs public, privé et de la société civile, formule 12 recommandations visant à bâtir un partenariat renouvelé entre Europe et Afrique, autour de quatre grands axes.

  • Repenser le paradigme du partenariat UE-Afrique. Celui-ci doit tout d’abord reposer sur une vision commune, centrée autour des ODD. Ensuite, l’environnement des affaires, qui entrave aujourd’hui l’attractivité des pays africains, notamment auprès des entreprises européennes, doit constituer une priorité du partenariat. Une chambre arbitrale euro-africaine sur les litiges commerciaux, financiers et judiciaires qui touchent les entreprises européennes en Afrique et africaines en Europe, pourrait être mise en place à cet effet. Enfin un partenariat équilibré, de continent à continent, implique de développer des relations fortes entre l’UA et l’UE. L’institution continentale africaine, dans son renforcement, pourrait bénéficier de l’expertise d’intégration acquise par l’UE au cours de ses 60 années d’existence.

  • Porter ensemble une ambition économique forte. L’Europe doit miser sur ses avantages comparatifs (l’attention portée à la soutenabilité financière, à la qualité et au caractère durable, à la maintenance, ainsi qu’à l’accompagnement autour des projets sur la formation ou la gouvernance) afin de bâtir une offre européenne intégrée publique/privée de déploiement d’infrastructures durables en Afrique, pour ne pas abandonner ce champ aux acteurs chinois. Il convient néanmoins pour cela de faire preuve de davantage de rapidité d’exécution. Par ailleurs, le partenariat renouvelé doit s’atteler à renforcer la valeur ajoutée produite sur le continent africain, par la construction de chaînes de valeur Europe-Afrique et Afrique-Afrique. Enfin l’agriculture, qui emploie 60 % des actifs africains, doit faire l’objet d’une attention particulière.

  • Employer des outils plus efficaces. En effet, bien qu’elle engage des moyens variés et importants à destination du continent africain, l’action de l’UE est encore trop peu lisible, visible et efficace. Afin de maximiser son impact, il convient pour l’Europe de favoriser l’assistance technique à l’appui budgétaire, d’orienter ses actions vers le secteur privé européen et africain – PME en tête –, et de mesurer la contribution en termes d’effet de levier généré plutôt que de montants engagés. Dans cette optique, le financement mixte par des ressources publiques et des tiers privés, doit prendre de l’ampleur.

  • La connaissance et le savoir, des préalables indispensables. Alors que le continent africain devra accueillir environ 30 millions de jeunes sur son marché du travail chaque année, la formation professionnelle n’est pas à la hauteur des besoins du continent. Des financements conséquents doivent être alloués à la formation, en particulier la formation technique et la formation des formateurs. Par ailleurs, un partenariat fort et renouvelé avec le continent africain implique une meilleure connaissance des nouveaux acteurs économiques, politiques et culturels qui font l’Afrique d’aujourd’hui.

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