En réduisant les pertes agricoles post-récoltes, l’Afrique a les moyens d’améliorer la sécurité alimentaire sur le continent

 

Le 29 juillet, le FAO lançait une plateforme contre les pertes et le gaspillage alimentaire. Au-delà d’accéder à l’ensemble des ressources de l’institution sur les pertes et le gaspillage, la plateforme en ligne rend désormais possible pour tous d’observer la répartition géographique de ce phénomène, d’intégrer un forum de discussion et d’obtenir des conseils sur le sujet. Cette mobilisation de l’agence spécialisée des Nations Unies n’est pas anodine. Si on observe une plus grande quantité de gaspillage dans les pays industrialisés, le fléau des pertes post-récoltes (PPR) affecte tout particulièrement les systèmes agricoles émergents, dont celui africain.

En effet, de l’étape de la production initiale jusqu’à la consommation par les ménages, la quantité de denrées alimentaires diminue drastiquement. Selon le FAO, près de 37% de la production du continent serait ainsi perdue. Les limitations techniques et financières, que ce soit sur les récoltes, le stockage ou l’emballage, rendent les chaînes d’approvisionnement défaillantes.  Dans un contexte où le climat expose les denrées à un niveau élevé d’humidité et des températures excessives, il devient particulièrement difficile de conserver et transporter les produits dans le respect des normes sanitaires.

Alors qu’en Afrique subsaharienne, plus de 237 millions de personnes souffrent de sous-nutrition, le renforcement des chaines de valeur agricole offre un potentiel non négligeable pour améliorer la sécurité alimentaire du continent. S’il est évident que la production alimentaire doit augmenter pour répondre aux besoins d’une population toujours croissante, la réduction des pertes alimentaires présente une alternative à ne pas négliger. Dans un contexte où les ressources naturelles sont limitées, produire des aliments qui ne seront finalement jamais consommés entraine des émissions de C02 superflues et une baisse de la valeur économique des denrées en question.

Aujourd’hui, les petits agriculteurs, qui représentent 80% du système agricole africaine, n’ont que trop peu de moyens pour diversifier, développer puis enfin commercialiser leurs produits. Alors qu’une encore trop grande partie d’entre eux vit sous le seuil de pauvreté, une réduction des PPR pourrait avoir un impact immédiat sur leurs moyens de subsistances.

L’ampleur de la situation varie d’un pays à un autre et selon le type de produit. Au Nigeria par exemple, plus de 50% de la production de fruits et légumes serait perdue en raison de pratiques de stockage défaillantes. En Guinée et au Sénégal, c’est 20 à 50% de la production de pomme de terre qui aurait été altérée et rendue inconsommable depuis le début de l’année. La crise sanitaire et économique liée au Covid-19, en impactant les chaines d’approvisionnement, a rendu plus difficile pour les agriculteurs d’écouler leurs marchandises. Les stocks s’accumulent et ce dans des conditions souvent peu favorables à la conservation des produits les plus sensibles.

Pour agir efficacement contre ce fléau, plusieurs pistes d’action doivent être privilégiées. Une intervention publique forte peut permettre d’une part de soutenir la filière et de l’autre de réduire le montant dépensé dans les importations.

Dans un premier temps, il faut mettre à la disposition des agriculteurs des outils permettant de réaliser une première étape de la transformation des denrées périssables. A l’image du manioc qui doit être transformé 48h après son déterrement, de nombreux produits sont extrêmement fragiles et nécessitent une prise en charge rapide. Pour que les producteurs puissent acquérir ces outils, la mise en place de mécanismes innovants d’accès aux financements est impérative.

La formation est également un enjeu clé. La méconnaissance entraine une mauvaise utilisation des techniques de gestion et de stockage, particulièrement au sein des filières végétales. En accompagnant les exploitants dans le développement de leurs connaissances puis en encourageant les coopérations, les autorités publiques africaines peuvent faire la différence. Le travail conjoint de sensibilisation de la FAO, de l’Union Africaine et de la Fondation Rockefeller débuté en 2017 est un exemple probant. Plus de 100 acteurs du secteur ont été formés à la gestion des cultures post-récoltes et en Tanzanie, la méthode d’analyse des pertes alimentaires de la FAO fait maintenant partie des programmes de formation de l’enseignement tertiaire.

Pour conclure, les causes des pertes post-récoltes sont aussi diverses que les moyens de prévention. Pour espérer pallier aux difficultés qui se présentent dans la réalisation de l’ODD 2 « Faim Zéro », une plus forte mobilisation sur le sujet doit être amorcée.

 

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