Afruibana, favorable à un salaire décent partagé en concertation avec l’ensemble des acteurs (J. Owona Kono, Président de l’association)

Une délégation d’Afruibana s’est récemment rendue au Ghana, en Côte d’Ivoire et au Cameroun pour s’entretenir avec les autorités, comment se sont déroulés vos échanges?

 La visite de la délégation d’Afruibana s’inscrit une démarche que nous avons entamée depuis longtemps. Afruibana travaille depuis plusieurs années en étroite collaboration avec les gouvernements, pour protéger les intérêts des producteurs tout en défendant un mode de production durable. Nous sommes dans un dialogue permanent avec les différents ministres de chaque pays. Ensemble, nous avançons sur des dossiers majeurs pour le secteur agricole et le secteur de la banane, grâce auxquels de nombreuses personnes vivent au Ghana, en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays.

Nous sommes convaincus que l’implication des Etats est essentielle pour établir des réformes effectives relatives au salaire décent notamment. Sans réglementation nationale, aucune démarche ne peut aboutir. C’est d’ailleurs le sens de l’engagement qu’ont pris les gouvernements camerounais, ghanéen et ivoirien autour du salaire décent.

Plusieurs sujets sont actuellement au cœur de nos priorités : la reconnaissance des fruits et légumes frais comme produits essentiels et prioritaires lors du transit, le développement de voies vertes qui permettront aux produits périssables d’être traités plus rapidement pour réduire le gaspillage ainsi que l’instauration d’un salaire décent.

Vous avez d’ailleurs récemment publié une ‘Déclaration pour la mise en place d’un salaire décent dans le secteur de la banane’, pour quelles raisons entamez-vous cette démarche?

Afruibana plaide en effet en faveur de la mise en place d’un salaire décent pour tous les employés de la filière. C’est un combat que nous menons depuis plusieurs années. Nous agissons pour une évolution positive du secteur mondial de la banane. L’engagement et l’épanouissement des salariés sont la pierre angulaire de la performance de toute entreprise. C’est particulièrement le cas dans le secteur horticole, où chacun sait l’importance de l’excellence technique et du travail en équipe. La création d’emplois dignes et durables est donc une priorité pour les producteurs africains de bananes. Garantir un salaire décent à tous les employés de la filière est aussi un gage de développement rural.

Dans cette optique, la mise en œuvre de salaires décents à l’échelle mondiale correspond à un besoin de justice sociale et à un impératif de développement durable. Nous, producteurs africains, soutenons pleinement cet objectif.

Pourtant, la notion même de «salaire décent» fait débat d’un pays à l’autre, d’un secteur à un autre. Quelle est la position d’Afruibana sur ce sujet?

Nous soutenons certes cette volonté d’instaurer un salaire décent car il s’agit d’une démarche de justice sociale à laquelle nous adhérons, néanmoins, cette démarche doit impérativement s’inscrire dans le cadre d’un processus de négociation collective. L’Organisation Internationale du Travail n’a pas encore établi de définition du « salaire décent », il est donc essentiel que la méthode utilisée pour le calculer et l’actualiser résulte d’un consensus global et qu’elle soit claire, stable et prévisible.

Aujourd’hui, la méthode utilisée, dite «Anker», pour calculer le salaire décent, a été imposée sans concertation avec les producteurs de bananes. Nous faisons face à une méthodologie qui n’est pas adaptée aux réalités du secteur. Elle n’inclut qu’à hauteur de 30% des avantages en nature que nous offrons à nos employés. Les services de santé, d’éducation ou de logement sont écartés du calcul du salaire décent alors qu’ils contribuent significativement à l’amélioration du niveau de vie des salariés.

De plus, comme l’ont récemment rappelé les travaux du Forum Mondial de la Banane, le coût de la mise en œuvre du salaire décent doit être partagé entre tous les acteurs de la chaîne de valeur. Là est la vraie priorité. En effet, chaque acteur, du producteur à l’acheteur final et au consommateur, a la responsabilité de contribuer à rendre le secteur de la banane toujours plus juste et plus durable.

C’est donc une réflexion globale que nous devons mener en concertation avec l’ensemble des acteurs du secteur.  Avant toute chose, des salaires décents passent par des prix justes, afin de permettre aux sociétés productrices d’être bien portantes et rentables et d’atteindre enfin une répartition équitable de la valeur entre les différents acteurs.

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